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Symboles et Présages

par Isabelle Ballaster

 

Conformément à l’édit de secret, le International Statute of Wizarding Secrecy de 1689, les sorciers sont tenus à la discrétion lorsqu’il s’agit de l’existence de la magie. Nonobstant les efforts assidus de Mr Weasley et de ses prédécesseurs, une telle entreprise reste pourtant partiellement vouée à l’échec. La magie imbibe notre monde depuis des temps immémoriaux, répandant ses effluves mystiques sur les terres sacrées, comme dans l’esprit des hommes ordinaires. À travers le filtre de la banale histoire du monde ne cessent de suinter diverses connaissances magiques, dont les tenants du positivisme étatique voudraient nous faire croire qu’il ne s’agit que de fariboles et de billevesées.

Curieusement, l’inverse s’avére en partie tout aussi vraie. À lire les aventures du jeune Potter, les profanes que nous sommes ne peuvent s’empêcher de remarquer qu’un tissu de symboles, ayant parfois valeur de prophétie (et autrement plus fiable que les prédictions hasardeuses du professeur Trelawney) jalonnent infailliblement la route qu’emprunte nos collégues sorciers. Plus étonnant encore, nos amis sorciers évoluent dans leur propre univers magique, tout à fait oublieux de ces connaissances qui nous sont parvenues il y a déjà plusieurs siécles.

La premiére de celles-ci demeure sans conteste l’importance à accorder à l’identité. Loin de n’être que le fruit du hasard, les noms et les prénoms des magiciens nous renseignent souvent quant à certains aspects de leur personnalité. L’exemple de Sirius Black, le parrain de Harry, est, à ce titre, édifiant. En astronomie, l’étoile Sirius n’est autre que α du Grand Chien (Canis Major) – un des astres majeurs de la cosmogonie des Dogons (une tribu malienne vivant sur le plateau de Bandiagara), et l’étoile sur laquelle pointe une des deux ouvertures de la pyramide de Khéops. Or, lorsque Sirius se transforme en animal, il devient un grand chien noir qui n’a de cesse de veiller sur son filleul. Animagus désinvolte mais courageux, Sirius déclame ainsi son identité quelle que soit sa forme physique. De maniére générale, l’animagus en dit d’ailleurs long sur sa personnalité : composé des mots « mage » et d’un jeu de mots entre les mots « animal » et « anima » (soit l’âme en latin), le terme d’animagus évoque la liaison psychologique profonde existant entre le sorcier et l’animal en lequel il se transforme. Les mages amérindiens parlent, eux, d’animal-totem, tandis que le monde paralléle décrit par Philip Pullman dans sa trilogie À la croisée des mondes1 rend cette relation psychique plus palpable en ayant développé des dæmon, reflets animaliers vivant de l’âme d’un individu. Rien d’étonnant, donc, à ce que le régne animalier prenne autant de place dans les univers magiques.

Pour sa part, le frére de Sirius, Regulus Arcturus Black, tire ses prénoms des étoiles α du Lion (Leo) et α du Bouvier (Bootis), ce qui rend certainement justice à sa bravoure cachée et à son sacrifice final. Quoiqu’il soit difficile d’établir avec certitude le lien psychologique existant entre le prénom stellaire des sorciers de notre connaissance et leur profil psychologique, force est de constater que les références astronomiques tiennent lieu de dictionnaire des prénoms chez les mages noirs qui se targuent d’une ascendance immaculée. En faisant appel aux corps célestes, les parents espérent peut-être rendre compte de la pureté de leur lignage. La famille Black, dont le patronyme seul semble déjà les guider vers la magie noire, semble particuliérement friande de ce procédé : Pollux (β des Gémeaux), Cygnus (la constellation du Cygne, ou la « Croix du Nord »), Orion (du nom de la splendide constellation hivernale éponyme : « Orion, le Chasseur »), Bellatrix (γ d’Orion, dite « la Guerriére » ou « l’étoile Amazone ») ou encore Andromeda (du nom de la constellation ou de la galaxie d’Androméde). Merope Gaunt tient, quant à elle, son prénom de l’amas stellaire des Pléiades, dans la constellation du Taureau, tout comme Draco Malfoy tire son prénom de la constellation du Dragon, dont la queue encercle quasiment la Petite Ourse. Indépendamment de la volonté de mettre en exergue une prétendue pureté génétique en en appelant à la brillance froide de la voûte céleste, le choix des constellations d’Orion et du Dragon traduit également une volonté de s’inscrire dans la magie des premiers âges.

Avec l’étoile Sirius, ces deux constellations imprégnent fortement l’architecture et la structure des pyramides de Guizeh. Comme l’apprirent sûrement les Weasley lors de leur voyage en Égypte2, si le puits de la chambre de la reine pointe vers l’étoile Sirius, le puits de la chambre du roi pointe vers Thuban (α du Dragon), alors considérée comme « l’étoile impérissable » – soit l’étoile circumpolaire des Égyptiens. Parallélement, le conduit sud de la pyramide de Khéops regarde en direction du baudrier d’Orion, dont la constellation représentait Osiris, le grand maître égyptien du cycle de la mort et de la renaissance. Qui plus est, la position céleste des trois étoiles du baudrier d’Orion – Mintaka (δ d’Orion), Alnilam (ε d’Orion) et Alnitak (ζ d’Orion) – se refléte dans la disposition des pyramides de Khéops, Kephren et Mykérinos, le Nil correspondant ici à la Voie lactée. Jusqu’à la magnitude des étoiles qui se retrouve dans les dimensions respectives des pyramides.

La corrélation d’Orion se poursuit dans certaines pyramides de Saqqarah, commanditées par le pére du pharaon Khéops : Snéfrou, le pharaon architecte. La pyramide rhomboïdale de Dahchour (qui doit son nom à un changement, en cours de construction, de son angle d’élévation passant de 54° à 43°) renvoie à Epsilon du Taureau dans les Hyades, tandis que sa voisine la pyramide rouge représente, toujours dans les Hyades, Alpha du Taureau (soit l’étoile Aldébaran).

Pour confirmer ces hypothéses élaborées par Alexandre Badawy, Virginia Trimble et Robert Bauval, a été retrouvé un ensemble de documents connu sous le nom d’Hermetica. Probablement rédigé par des magiciens égyptiens, ce texte affirme que « l’Égypte est une image du ciel : toutes les forces et les puissances à l’oeuvre dans le ciel ont été transférées ici-bas ». Hermés Trismégiste l’affirmait déjà : « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

Outre ces références astromagiques, les prénoms des sorciers puisent également dans d’autres champs sémantiques, tout aussi signifiants. Nous évoquerons en premier lieu les champs mythologique et historique, qu’ils soient gréco-latins ou germano-scandinaves.

Les directrices des maisons Gryffindor et Hufflepuff, Minerva McGonagall et Pomona Sprout, empruntent leur prénom à la mythologie gréco-latine. Minerve, plus connue sous le nom d’Athéna, siége aux côtés de Zeus (Jupiter) dans l’Olympe, comme Mrs McGonagall siége aux côtés de Dumbledore à Hogwarts. Farouche déesse guerriére, Athéna-Minerve conjugue l’amour des arts avec celui de la sagesse. Protectrice des lettres, et ayant à coeur de promouvoir la justice, elle n’hésite pas à engager les batailles qui s’imposent, sans que jamais la guerre ne devienne une fin en soi. Toujours tirée à quatre épingles, marmoréenne mais juste, inflexible mais généreuse, la puissante professeur McGonagall n’a rien à envier à sa divine contrepartie.

Quant à Pomone, il s’agit dans la mythologie latine d’une nymphe des fruits et des fleurs. D’origine étrusque, cette nymphe dédaigne la nature sauvage pour tourner ses fertiles attentions vers des jardins domestiqués, ornés – si possible – de vergers. Bien que peu attirée par le mariage, Pomone se laissa pourtant séduire par Vertumne, divinité champêtre des saisons et des arbres fruitiers. Avec son chapeau maculé de terre, son amour des plantes – magiques et communes – et son habileté dans les serres, la responsable de Hufflepuff rend hommage à la divinité qui lui a donné son nom.

Bien que moins réjouissante, cette corrélation entre prénom et destinée s’applique également à Merope Gaunt, la mére de lord Voldemort. Si Mérope a aujourd’hui rejoint, comme ses soeurs, l’amas stellaire des Pléiades dans la constellation du Taureau, elle était jadis la fille du Titan Atlas et de l’Océanide Pléioné. À l’inverse de ses soeurs (Alcyone, Astérope, Célaeno, Électre, Maïa et Taygéte) qui épousérent des dieux, engendrant notamment les familles royales de Troie ou de Sparte, Mérope épousa le mortel Sisyphe, dont elle eût un fils : Glaucos, un des rois de Corinthe. Mais honteuse à jamais de cette union, Mérope refusa de briller dans le ciel lorsque Zeus offrit aux sept soeurs de rejoindre la constellation du Taureau. Mérope devint ainsi l’étoile la moins brillante de l’amas stellaire des Sept Soeurs, plus connu sous le nom de Pléiades. Issue d’une longue lignée de magiciens au sang pur, Merope Gaunt trahit la cause sacrée de Salazar Slytherin et épousa – aprés l’avoir enchanté – le mortel Tom Riddle, dont elle eut un fils : Tom Marvolo Riddle, le futur lord Voldemort. Humiliée, honteuse et psychologiquement affaiblie, elle se laissa elle aussi mourir, confiant son unique fils aux bons soins d’un banal orphelinat londonien.

Autre exemple de cette prédestination identitaire : Remus Lupin, le doux loupgarou. Prénommé d’aprés l’un des deux jumeaux ayant présidé à la fondation de Rome1, soit Romulus et Remus, les deux enfants de la louve romaine, et portant un patronyme se rapportant au latin lupus signifiant « loup », le pauvre professeur ne pouvait que se forger un destin lié à ce puissant animal. Si l’on considére l’autre grand loup-garou esquissé par Rowling, le carnassier Fenrir Greyback, il n’est pas déraisonnable de se demander si les parents doués de magie songent à réfléchir à la destinée qu’ils attirent sur leurs enfants en leur donnant leur nom.

Loup gigantesque de la mythologie nordique, Fenrir fut enfanté par le trickster Loki et la redoutable géante Angerbode. Sa fratrie se compose de Jormungand, le serpent du Midgard et de Hel, la déesse de la mort qui régne sur le territoire du Nilfheim. De terribles prophéties furent faites à la naissance de ces effroyables enfants, concernant leur implication dans le Ragnarök, la consommation du destin des puissances. Il est dit qu’alors, Odin lui-même succombera sous les crocs de Fenrir. Devant un tel mythe, comment ne pas attirer – sur un garçon ayant déjà la malchance de s’appeler « Greyback » (soit « dos gris ») – la malédiction de croiser un loup-garou en lui donnant le prénom de Fenrir ? La gent magique apparaît bien irresponsable – ou fortement sous-documentée.

Heureusement, certaines identités semblent indiquer que ces négligences ne constituent pas la régle. Ultime descendante d’une longue lignée de voyants et de prophétes, la relativement médiocre Sybill Trelawney porte le prénom d’une institution dans le monde des devins. Telle la pythie de Delphes, cette prêtresse d’Apollon qui rendait des oracles souvent cryptiques, la sibylle de Cumes vient notamment à nous dans le récit d’Énée, le héros de la guerre de Troie, qui la consulta avant de descendre aux Enfers. Certes, au quotidien Sybill Trelawney tient plus de la vaticinatrice que de l’oracle inspiré, mais même elle posséde ses moments de grâce. Ne prophétise-t-elle pas en toute clarté (ce qui est extrêmement rare chez les haruspices de tous ordres) deux prophéties au déroulement avéré ? Ne tire-t-elle pas continuellement la lame de la Maison-Dieu dans Harry Potter et le prince de sang-mêlé ? Crainte par toutes les cartomanciennes, le seiziéme arcane majeur du tarot renvoie à un grand bouleversement soudain, sapant les fondements de ce qui constitue les croyances, les certitudes ou le style de vie du consultant. Le décés d’Albus Dumbledore incarne de maniére cataclysmique le choc que peut représenter la seiziéme lame. Contrairement aux apparences, Mrs Trelawney n’est donc pas qu’un songe-creux en mal de sensations, mais il est néanmoins possible de se demander, au vu des différentes corrélations que nous avons déjà abordées, si son prénom ne serait pas la cause – plus que la conséquence – de ces fragments épisodiques d’acuité mystique.

Quant à Olympe Maxime, son prénom évoque autant son ascendance directe que l’endroit oú se proméne sa tête. Les Géants originels (du grec gigantés ou gegeneis soit « nés de la Terre ») jaillirent d’Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre) ; l’un d’eux répondant même au nom d’Olympos1. Par analogie, la Genése les appelle les Nephilim, une race née des fils de Dieu et des filles des hommes. « Les Nephilim étaient sur la terre en ces jours-là, et même aprés, quand les fils de Dieu allaient vers les filles des hommes et leur donnaient des enfants : ce sont les héros des temps antiques, des hommes de renom ! »2 Ce sont les premiers thaumaturges, les premiers magiciens, les premiers sorciers : Héraclés (Hercule), fils de Zeus et de la mortelle Alcméne ; Jason de la Toison d’or, descendant du dieu du vent Éole ; Persée, fils de Zeus et de Danaé ; Gilgamesh, fils de la déesse Ninsun et du roi d’Uruk ; ou encore les sulfureuses magiciennes Circé et Médée dont émanérent probablement les lignées des magiciennes de Thessalie. Baignée de pouvoir brut, réservoir thaumaturgique disponible à qui sait la canaliser, la Thessalie s’affiche dans le monde magique comme la source originelle de la magie sur le continent européen. Magie primale, à décliner dans toutes les nuances de gris. Dans le livre VI de La Pharsale, Lucain nous présente une séance de nécro- mancie par la magicienne de Thessalie Érichtho. Plusieurs siécles plus tard, Dante Alighieri se servira du même patronyme au chant IX de sa Divine comédie.

Que dire encore de ces prénoms censément plus neutres, mais dont l’influence n’est pas négligeable ? Phineas Nigellus Black, feu le proviseur de Hogwarts et ancêtre de Sirius Black, tire son premier prénom d’un roi de Perse. En irlandais ou en gallois, Nigellus signifie « champion ». Certes, les champions de Slytherin n’adoptent guére l’apparence de valeureux chevaliers (comme les Gryffindor), mais la réussite sociale de Phineas ne fait pourtant aucun doute. Sa parente Walburga Black tire son prénom de l’allemand Wald et Burg signifiant « champ de bataille » et « château fortifié ». La nuit de Walpurgis rôde à proximité, cette nuit dont on murmure que lord Voldemort faillit emprunter le nom pour désigner ses fidéles Death Eaters. Comment dés lors passer sous silence le patronyme de cet autre mage noir, Gellert Grindelwald ? Au champ de bataille (Wald) s’est associée la teigne (Grind) : construction identitaire intéressante s’il en est, quoique son impact s’éclipse devant celui produit par le nom auto-proclamé de « Voldemort » : celui qui a tenté de voler la Mort.

Ce dernier fait souléve d’ailleurs une question : qu’en est-il donc des relations franco-britanniques dans le monde des sorciers ? Certes, l’anagramme que Tom Marvolo Riddle met en place ne fait que mettre en exergue la qualité premiére de son nom de famille (riddle signifiant « énigme » ou « charade » en anglais), mais que n’a-t-il élu sa langue maternelle pour composer sa devinette ? Serait-ce que notre histoire secréte recéle quantité de mages noirs célébres chez les sorciers ? L’affaire des poisons (1672-1682), impliquant nombre d’aristocrates de la Cour de Louis XIV, surgit immédiatement à l’esprit, mais elle ne suffit pas à expliquer cet engouement des sorciers noirs pour le français. À moins qu’il ne faille chercher du côté des magiciens étant d’ores-et-déjà parvenu à escroquer pour un temps la Mort de son dû : l’alchimiste Nicolas Flamel (env. 1330-1992) ou le comte de Saint-Germain1 au XVIIIe s. ?

À de nombreux égards figé dans le temps, le monde oú s’écoule la magie conserve sémantiquement vivace la rivalité dédaigneuse et le mépris hautain en lesquels se sont longtemps mutuellement tenus les Anglais et les Français. Les noms de famille d’origine normande résonnent fréquemment dans la narration de Rowling. comme des invitations à la traîtrise ou au dédain. Les patronymes des Lestrange et des Malfoy se décomposent aisément en vieux françois : « l’étrange » et « mal foi » ou « mauvaise foi ». Bellatrix Lestrange se fait d’ailleurs appeler « Madam Lestrange », et non « Mrs Lestrange », comme il siérait à une ressortissante britannique.

Leur adversaire, Albus Percival Brian Wulfric Dumbledore expose au contraire autant sa nationalité que ses qualités premiéres dans son identité. « Albus » signifie « blanc », en latin. Adjectif protéiforme, albus se référe ici essentiellement au fait que Dumbledore soit un redoutable mage blanc, s’inscrivant de plein droit dans la lignée des Merlin et des Gandalf1 dont il partage les cheveux longs, la barbe blanche et les fonctions de mentor. Percival (Perceval) évoque celui des chevaliers du roi Arthur dont la pureté était si grande que lui seul parvint à retrouver le Saint Graal. Mais Wulfric (ou Wulfram2), qui signifie « loup en déplacement », nuance cette image d’Épinal. Certes, à l’image du roi irlandais Brian Boru dont il portait le prénom, Dumbledore fit preuve de force et de noblesse, mais l’astuce du loup solitaire, toujours en mouvement, ne le quitta jamais. Malgré son prénom de Percival, Dumbledore échoua dans sa tentative de réunir les trois reliques de la mort, équivalent magique du Saint Graal. Preuve de sa sagesse, il renonça à le faire lorsqu’il en eut la possibilité, ayant compris le risque attaché à une telle entreprise. Sans le savoir, il fait le même choix que Galadriel ou Aragorn devant l’Anneau unique3. Seul un coeur héroïque doté d’un esprit ordinaire, tel celui de Frodo Baggins ou de Harry Potter, peut réussir dans ces entreprises.

Outre les références mythologiques ou célestes, les prénoms d’origines latine ou florale figurent au premier rang des choix des sorciers pour nommer leur progéniture. Severus Snape, Dolores Umbridge ou Xenophilius Lovegood en constituent de beaux – si l’on peut dire – exemples. Non content d’évoquer sa cruelle sévérité, le prénom de Severus en appelle également à un personnage de l’histoire de Rome : Lucius Septimius Severus Pertinax (146-211 apr. J.-C.). Dit Septime Sévére, ce provincial d’ascendance berbére se hissa à la tête du pouvoir, fondant par là-même la premiére dynastie régnante d’origine non romaine. Éfflanqué, énergique et taciturne, cet administrateur stratége d’une grande culture avait été initié aux mystéres d’Eleusis dont les cultes étaient consacrés à Démeter, déessemére de l’agriculture, et à sa fille Perséphone (Koré), autre déesse de l’agriculture, de l’initiation et du monde souterrain4. Les archives du temps demeurent du reste souterrain : s’agissait-il uniquement de connaissances magiques préservées du commun des mortels (et donc occultes), ou nous trouvons-nous devant les premiéres traces de magie noire organisée ? Qui sait même si Severus Snape ne peut se targuer de figurer au nombre des descendants – bâtards – de Septime Sévére. Il partagerait alors avec son ancêtre un certain nombre de caractéristiques : tempérament renfermé mais volcanique, esprit aiguisé et curieux, attirance pour les versants obscurs de la magie. Sa mére, Eileen Prince – dont le patronyme semble tout à fait moliéresque1, puisque Eileen signifie en celtique « gaie » ou « plaisante » –, aurait souhaité redoré le blason de son fils de sang mêlé, en lui donnant l’opportunité d’une postérité aussi fameuse que celle de son illustre ancêtre. Objectif atteint, mais à titre posthume. Il faut dire que « snap » (répondre séchement, chercher à mordre) ou « snappish » (hargneux) ne prédisposent qu’assez mal à une popularité innée.

Étonamment, le comparse de Severus Snape, Lucius Malfoy, emprunte son prénom à la même ascendance. À moins, bien sûr, que cette ancienne famille de mages noirs n’ait joué sur la sulfureuse ambiguïté du prénom Lucius. Signifiant « porteur de lumiére » en latin, Lucius rappelle également Lucifer dont l’étymologie est identique. Premier des anges dans le coeur de Dieu, Lucifer fut déchu lorsque son ambition le dévora. Depuis, il parcourt le monde sous forme de Satan (de l’hébreu haschâtan qui signifie « adversaire »), de Belzébuth (« le propriétaire de la terre » en phénicien) ou du Diable (du grec diabolein : qui divise ou qui calomnie). Ses cheveux de la couleur du soleil par une fade matinée hivernale, Lucius Malfoy échoua – comme son inspirateur méphistophélique – à conserver sa place auprés de son sombre maître. Christ stellaire rédimant son pére, Luke Skywalker2 – littéralement le « porteur de lumiére cheminant parmi les étoiles » – redorera quelques siécles plus tard (et une saga plus tôt) le blason du prénom « Luc ».

Quant à la sadiquement perverse Dolores Umbridge, elle nous rappelle ce que Dumbledore clamait haut et fort : quelles que soient les prophéties faites à notre sujet, nous demeurons libres. Dolores (« douleur » en latin) aurait pu vivre dans la peine, mais elle choisit au contraire de l’infliger. Implacables, insensibles et profondément écoeurantes, ses exactions ne bénéficient d’aucune autre explication que le plaisir pris à infliger de la souffrance. Une version féminine – et gouvernementale – de lord Voldemort.

Quant à Xenophilius Lovegood, son identité prend des airs de caricature. Xenophilius soit « qui aime l’étrange » associé à Lovegood soit « qui aime le bien », et cela nous donne un trés beau spécimen de sorcier New Age. Auquel il faut cependant reconnaître quelques intuitions.

Ne nous reste donc que les prénoms floraux à évoquer. À évoquer, insistonsnous, puisque chaque identité pourrait en réalité faire l’objet d’une étude approfondie. Hélas, la communauté magique se refusant malgré les bréches de l’édit de secret à autoriser une telle incursion dans son univers, nous devons nous contenter de tracer sur le papier quelques allusions qu’il appartiendra à chacun d’étoffer selon ses propres découvertes.

Prenons en attendant l’exemple de Mrs Malfoy. Le rapport existant entre Narcissa Malfoy et le narcisse mérite-t-il d’être explicité ? Jeune homme de nationalité grecque, Narcisse tomba amoureux de son propre reflet alors qu’il se désaltérait dans une riviére. Ne pouvant assouvir sa passion, il se laissa mourir de désespoir, engendrant la fleur qui porte désormais son nom. Hautaine, pleine de sa propre beauté et de son statut social, Narcissa Malfoy rend hommage à la signification attachée à cette fleur.

Mr et Mrs Evans choisissent également de nommer leurs filles en ayant recours au langage des fleurs : ce sera Lily et Pétunia. Symbole de la pureté et de l’amour chaste, fleur mariale par excellence, le lis (lily en anglais) annonce presque caricaturalement le caractére de la future Lily Potter, née Evans. Douce, souriante, douée, abhorrant l’injustice et se sacrifiant pour son fils, Lily semble tout droit sortie d’une version modernisée du livre des livres. Sa soeur Pétunia Dursley, dont le prénom signifie « je suis furieuse » ou « pourquoi cette colére ? », semble pour sa part éructée d’un vaudeville. La tradition veut qu’elle se soit consumée de jalousie envers sa soeur, la premiére sorciére de la famille. Mais Lily était-elle vraiment la premiére ? Né dans le Worcestershire en 1950, Nicholas Evans met en scéne un chuchoteur dans son roman à succés L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (1995). Or, qu’est-ce qu’un chuchoteur sinon un sorcier doué avec les animaux, capable de converser avec eux dans leur propre langue ?

Il est d’ailleurs curieux que ce faussaire de Gilderoy (encore un prénom aux consonances tricolores) Lockhart n’ait jamais cherché à se vanter de pouvoir converser avec les animaux apparentés aux forces du mal. Cela n’aurait pourtant fait qu’ajouter au glamour de ce sorcier, radieux dans ses robes à la belle couleur myosotis. Évidemment, Rowling. s’amuse à nous narrer ce détail : la couleur myosotis se dit « forget-me-not » en anglais, soit « ne m’oubliez pas ». Ironie délicieuse lorsque l’on connaît les exactions, l’ambition – et la condition actuelle – de ce hâbleur. Outre ses vols répétés de souvenirs, une grande partie de ses maigres connaissances magiques provient probablement d’une correspondance entre le grand écrivain Walter Scott et son propre ancêtre, soit les Letters of Demonology and Witchcraft Addressed to J. G. Lockhart, Esq. (1831). Une lecture attentive de cet ouvrage l’aurait peut-être renseigné sur les boggarts, tout comme Hermione Granger y aurait trouvé des informations quant aux elfes de maison.

Ainsi, le Dobie n’est originellement rien d’autre qu’un spectre local de la ville d’York, oú il apparut pour la derniére fois en 1809, causant de grandes terreurs1. Il est généralement admis que le même spectre (ou du moins un de ses cousins) hanta les villes de Durham et de Newcastle sous le nom de Bhar-Guest (ou Bhar- Geist). Terme générique plus qu’entité à part entiére, les dobies s’attachent à un lieu géographique particulier, qu’ils prennent plaisir à hanter sous diverses formes. Sémantiquement inscrits dans le langage teutonique, les dobies ou les Bhar-Guest auraient eu une origine divine. On les appelle plus communément des boggarts.

De nos jours, les elfes domestiques ont perdu la conscience de leur origine divine. Pourtant, tout comme leurs ascendants étaient inextricablement liés à un lieu en particulier, ces elfes sont attachés à une maison de sorcier de laquelle ils ne peuvent quasiment pas (ni surtout, ne veulent) s’échapper. Les boggarts ont, quant à eux, conservé la faculté de se transformer en ce qui effraie le plus chacun d’entre nous. Pour des précisions supplémentaires quant à ces créatures magiques, consulter l’ouvrage de Newt Scamander, Fantastic Beasts and How to Find Them (2001)

Nous évoquions au début de cet article l’aveuglement des sorciers quant à la signification de certains matériaux riches en symboles utilisés dans les outils magiques. L’importance de l’un de ceux-ci, et non des moindres puisque nous allons maintenant nous consacrer aux baguettes magiques des sorciers, justifie peutêtre la rareté de ces connaissances magiques. Mr Ollivander l’avoue lui-même : la science des baguettes magiques préfére se tenir dans l’ombre, conservant sa part d’occultisme béat aux yeux des non-initiés. Toutefois, lorsque l’on marche sur les pas des fabricants de baguettes, la réticence dont ces derniers font preuve à parler au grand jour de leur art s’explique par l’implacabilité des régles qui régissent ce pan de la magie.

Comme pour les Animagi (ou les sorts de patronus), la baguette magique d’un sorcier révéle son caractére, ses forces, ses faiblesses ou encore une partie non négligeable de son destin potentiel. Sans véritable surprise en ces terres celtiques, le choix des matiéres premiéres s’indexe essentiellement sur l’alphabet celtique des arbres : l’Ogham. Similaire au Futark scandinave (les anciennes runes révélées par Odin aprés s’être pendu à l’arbre de monde, l’Yggdrasil), l’alphabet Beth- Luis-Nuinn se fonde sur le monde sylvestre et livre des précisions circonvoluées à travers la mythologie du Câd Goddeu, le « combat des arbres ». Dans ce récit gallois, les hommes se transforment en arbres dans le but de constituer une armée invincible. OEuvre informative autant qu’initiatrice, le Câd Goddeu met en valeur les fonctions premiéres de l’Ogham : écriture, art divinatoire et grille de lecture psychologique.

Comme le Sorting Hat (le « Choixpeau magique » en français), cet artefact magique capable de percer à jour les aspirations et les motivations profondes de jeunes êtres au tempérament encore en devenir, les baguettes magiques perçoivent la vibration de celui qui les essaie, et le choisissent si elles entrent en résonance avec lui.

Prenons lord Voldemort, par exemple. La baguette que lui a vendu Mr Ollivander mesurait 34,30 cm, portait en son coeur une plume de Fumseck (le phénix de Dumbledore) et avait été fabriquée en bois d’if. Son créateur la qualifiait de « trés puissante ». Nous ne reviendrons pas sur l’importance de la plume de phénix, celle-ci ayant été largement explicitée par Rowling. sans qu’elle n’ait eu l’opportunité (ou l’autorisation) de révéler l’importance du bois utilisé.

Or, l’if (Ioho) symbolise dans l’alphabet oghamique l’arbre de la renaissance et de l’éternité. L’arbre de la mort. Il orne les cimetiéres, borde les églises, vit prés de trois mille ans, produit des baies rouges dont le coeur noir est particuliérement vénéneux, tout en restant lui-même toujours vert. Fraîchement coupé, son bois élastique mais résistant le rend idéal dans la confection d’arcs. Une fois sec, il devient l’un des bois les plus rigides qui soit. Sa qualité d’arbre funéraire chez les Gaulois provient vraisemblablement de son mode de croissance : lorsqu’un if pousse, certaines de ses branches s’en retournent au sol oú elles s’enracinent à nouveau, telles des stolons sylvestres. Le tronc-mére et ses rejetons vivent alors reliés, mais séparément. À terme, le tronc-mére se creuse en pourrissant, laissant l’opportunité à un nouvel if de pousser à l’intérieur même du tronc devenu obsoléte. Les druides voyaient là le symbole de la réincarnation, de l’éternité à travers le cycle des renaissances. Dans le même esprit, les légendes bretonnes soutiennent que les racines d’un if parviendront toujours à se frayer un chemin au travers de la bouche ouverte de chaque cadavre enterré, garantie que l’esprit du défunt trouvera – comme l’if – une nouvelle vie dans la mort. Remplaçant leplusieurs religions, lord Voldemort signe dans l’hideuse marque qu’il invente son refus d’entrer dans le cycle habituel de la vie et de la mort. Outre son patronyme que nous avons déjà évoqué, lord Voldemort présente des similarités marquantes avec les caractéristiques de l’if : les Horcruxes agissent comme des stolons morbides tandis que Voldemort renaît dans le corps dévoyé et difforme de son ancien soi, sa rigidité émotionnelle rappelle celle du bois sec, sa passion pour le sang rouge et la magie noire fait écho aux baies de l’arbre en question, et sans parler du le fait qu’il soit revenu à la corporalité dans un cimetiére, oú les ifs sont souvent légions…

Si le sureau présente des caractéristiques physiques moins spectaculaires – et moins flagrantes – que l’if, sa symbolique est pourtant proche. Le sureau (Ruis) symbolise pour les druides la fin dans le commencement, et le commencement dans la fin. La Mort, cet agent de transformation, ce passeur d’âmes vers d’autres mondes, ou d’autres vies, se reconnaît dans cette description. Les druides ne s’y sont pas trompés, eux qui ont attribué au bois de sureau les trois derniers jours d’octobre dans leur calendrier oghamique, soit Samhain. Connu de nos jours sous le nom de Halloween (All Hallows’ Eve, soit la veille de tous les saints), suivie de la Toussaint et des Cendres, ces trois jours marquaient pour les Celtes le départ d’une nouvelle année légale. Comme les journées se décomptaient de crépuscule en crépuscule, les années entamaient leur ronde annuelle à l’automne, et la vie commençait dans cet espace mystique précédant la conception. Trois jours pour traverser le voile de la conscience, trois jours pour changer d’année, trois jours pour passer de la mort à la vie. Ce temps hors du temps, d’une durée approximative de trois jours, se remarque dans bon nombre de civilisations : les dyonisies grecques, les saturnales romaines ou le jour des fous au Moyen Âge. Les Brakiri de Babylon 5 1 l’appellent la nuit de la cométe, qui permet aux défunts de revenir parmi les vivants le temps d’une nuit, et de faire la paix avec eux. Incidemment, Lily et James Potter décédérent le 31 octobre 1981, la nuit de Halloween, et revinrent plusieurs fois encourager leur fils, soit au travers du miroir d’Erised, de la formule magique priore incantatem ou de la pierre de la résurrection. Arbre de la régénération, le sureau au tronc creux et moelleux masque une remarquable faculté de survie, ses branches abîmées repoussant rapidement, et ses graines s’enracinant facilement. Pourtant, le folklore garde en mémoire le double aspect du sureau, attribuant à ce bois des propriétés plus obscures. Il est ainsi de mauvais augure de fabriquer le berceau d’un enfant en bois de sureau, auquel il faut toujours préférer le bois de bouleau (Beith), le bois des commencements, et la premiére lettre de l’alphabet oghamique. La baguette de la Mort des fréres Peverell (the Elder Wand) se compose donc d’un crin de Thestral enchâssé dans du bois de sureau. Animal pacifique mais carnivore, ne se révélant qu’à ceux qui ont déjà vu leur maître, le Thestral refléte la nature intrinséque de la Mort.

Outre la plume de phénix qui constitue son coeur, la baguette de Harry, longue de 28 cm, est faite de houx (Tinne). Définie par Mr Ollivander comme « agréable et souple », adjectif s’appliquant également à Harry luimême, la premiére baguette du jeune Potter laisse entrevoir ses qualités fonciéres, et la premiére partie de son destin. Symbole des choses qui résistent, le houx annonce la présence d’un vaillant guerrier, vainquant ses ennemis à coup sûr avec ses épines. Fournisseur de matiére premiére pour les baguettes et les lances, le houx se manie avec équilibre et volonté. Pour Liz et Colin Murray, « l’essentiel, c’est l’équilibre dans la main de celui qui la tient, et la direction quand elle quitte la main. Cette qualité d’équilibre montre que [l’on a] la capacité de trouver l’argument le plus fort dans [son] combat spirituel à condition que le combat soit juste, et ne vise ni à l’agression, ni à la spoliation ».1 Cette description correspond parfaitement aux jeunes années de Harry Potter, vainquant réguliérement le seigneur des ténébres dans ses années à Hogwarts. Lorsque Harry perd l’usage de sa baguette, au début de Harry Potter and the Deathly Hallows, il récupére une baguette en apparence guére appropriée à son nouveau détenteur. Outre le fait qu’Harry n’a pas vaincu son précédent maître, ne s’attirant donc pas l’allégeance de l’outil magique, cette baguette d’épine noire (Straife) réticente à fonctionner correctement, transmet un message d’attente. Traditionnellement, l’épine noire indique qu’aucun choix n’est à portée de main, aussi déplaisant et pénible que cela soit. Or, à ce moment-là, Harry erre avec ses amis Ron et Hermione à travers les espaces désolés du Royaume-Uni, se cachant de ses ennemis sans avoir de piste quant aux actions à engager. L’épine noire parle des influences extérieures qui peuvent nous contraindre à emprunter une voie difficile, en apparence sans issue, en attendant que la situation se décante. Un changement brutal, une ruine des projets en cours marquent le départ de la voie de l’épine noire. Ce n’est pas un hasard si le cercle maléfique préparant l’apocalypse dans la derniére saison télévisée de Angel choisit ce nom au sigle chargé d’épines : « The Circle of the Black Thorn ». En accord avec le message d’attente résolue de l’épine noire, Harry a la possibilité de changer de baguette lorsque cette période difficile arrive à échéance. Il récupére alors la baguette de Draco Malfoy, qu’il a cette fois vaincu en duel. Faite d’aubépine (Huathe), mesurant 25,4 cm, et portant en son coeur un crin de licorne (ce qui en dit long sur le caractére profond de Draco, en dépit de son piteux modéle parental1), la baguette de Draco marque une nouvelle étape dans le cheminement de Harry Potter. L’aubépine, ou épine blanche, est liée au mois d’avril et représente la purification et la chasteté précédent le mois de mai. Initié par la fête de Beltane, le mois de mai marquait le départ de la moitié claire de l’année, durant laquelle les mariages pouvaient être célébrés. Petit arbre fleuri aux branches enchevêtrées, l’aubépine sait se défendre avec ses épines. Nous retrouvons ici le caractére profond des Slytherin, ou de ce qu’ils devraient être si Salazar n’avait pas autant corrompu sa propre nature (mais nous aurons l’occasion d’y revenir).

Faite de vigne (Muin), la baguette de Hermione Granger nous indique que cette derniére n’a pas encore véritablement accompli son destin, même si elle l’a déjà croisé. Signe de l’intuition l’emportant sur les considérations de la raison, embléme des prophétes (in vino veritas) qui abaissent les barriéres de leur mental pour accéder aux informations contenues dans le tissu du monde, la vigne requiert des fonctions intellectuelles qu’elles s’effacent momentanément. Malgré toute la loufoquerie dont il fait preuve, Xenophilius Lovegood renseigne pourtant une Hermione incrédule quant à sa leçon de vie : bien que trés intelligente, elle devra apprendre à ouvrir son esprit à d’autres possibilités.

Ronald Weasley et Cedric Diggory se servent tous deux d’une baguette en frêne (Nuin). Selon les commentateurs, le frêne représente qui le pouvoir de l’eau, qui l’immortalité, mais toujours l’arbre du monde, l’Yggdrasil que nous évoquions plus haut. Arbre cosmique, l’Yggdrasil relie le macrocosme et le microcosme, le monde intérieur et le monde extérieur. Il maintient la cohésion du monde en plongeant ses racines dans l’inframonde et en élevant ses branches vers les cieux, permettant à la terre de se maintenir entre les deux. Dans la cosmogonie celtique, le frêne cosmique relie les trois cercles de l’existence (Abred, Gwynedd et Ceugant) qui recouvrent à la fois des notions d’ordre temporel (passé, présent, futur) et structurel (confusion, équilibre, création).

Mesurant 40,5 cm, la baguette (ou devrions-nous dire le manche de parapluie ?) de Rubeus Hagrid est faite de chêne (Druir), ce roi de la forêt. Le paralléle est ici si transparent qu’il en devient cocasse, ce garde-chasse régnant sansbestioles magiques en tous genres. Doté d’une grande force et d’un coeur loyal, Hagrid protége ses amis, quel que soit leur nombre de pattes (ou d’ailes).

Quant à la baguette de la sadique Dolores Umbridge, nous savons seulement qu’elle est étonnamment courte. Cette sorciére ne brillant par ailleurs guére par ses talents magiques, devons-nous en conclure qu’il existe une relation imprécise mais fréquemment avérée entre la puissance d’un sorcier et la taille de sa baguette ? Nous ne saurions l’avancer avec certitude.

La relation existant entre le point fort d’un sorcier et sa house à Hogwarts apparaît en revanche moins aléatoire. Grâce à Rowling., nous savons désormais que les éléves de l’école se divisent en quatre houses, mises en place par les fondateurs eux-mêmes : Godric Gyffindor, Helga Hufflepuff, Roweena Ravenclaw et Salazar Slytherin. Ce que Mrs Rowling ne fait en revanche que sous-entendre – bien qu’elle l’ait avoué dans un entretien – tient au rapport existant entre ces houses et les quatre éléments traditionnellement constitutifs de la matiére : le (par opposition au sept, qui régit sa structure spirituelle et temporelle), le « 4 » s’applique aux points cardinaux, aux saisons, aux humeurs de la médecine ancienne (la bile rouge du sang liée au feu ; la bile jaune des coléres fielleuses, liées à l’air ; la bile blanche du flegme ou de la lymphe, liée à l’eau et la bile noire des atrabilaires, liée à la terre), aux différents âges de la vie, à la structure d’une journée, aux principales classes sociales, ou encore aux côtés du carré, symbole de la matiére.

Sa puissance structurante est telle que des paralléles peuvent être trouvés entre les différentes déclinaisons du quatre. Ainsi, le feu est lié à la fois à la couleur rouge, au sud, à l’été, au moment de midi et – du fait de sa conséquente réserve d’énergie disponible – aux serfs et aux professions agricoles. Or, que savons-nous des Gryffindor, représentés par un griffon1 d’or sur fond rouge ? En héraldique, le rouge (dit de Gueules) symbolise le courage tandis que l’or correspond au soleil et à la richesse. Quant au griffon, cet animal prétendument imaginaire unit le lion (corps, pattes postérieures et queue) à l’aigle (ailes, pattes avant, tête). Huit fois plus grands qu’un lion, et plus forts que cent aigles, les griffons originaires de Perse sont chargés à la fois de tirer le char du dieu soleil, et de veiller à ce que les hommes ne se laissent point corrompre par leur avidité. Ils gardent ainsi souvent les temples, les palais ou les tombes. Le plus immatériel de tous les éléments, le plus léger, le plus proche du principe primordial, le feu s’accorde bien avec cet animal mythique dont les humains ordinaires ont oublié l’existence.

Téméraires, impétueux, enthousiastes et loyaux, les Gryffindor de notre connaissance s’entendent également à merveille avec les caractéristiques de l’élément feu chez les Anciens. Dans le tarot, ils s’apparentent à la série des bâtons (wands en anglais, ce qui signifie « baguettes »), dont la fonction et de puiser à la source de l’énergie primordiale pour la transfigurer. Et de fait, les professeurs de Transfiguration ne sont-ils pas, à notre connaissance, toujours des Gryffindor ? Qui plus est, les Gryffindor, trés attachés à la notion d’équanimité et de justice, ne s’embarrassent guére des lois humaines, qu’elles soient magiques ou ordinaires. Pour eux, comme pour les Slytherin, la fin justifie les moyens. Sauf que les Gryffindor agissent sous l’impulsion du moment, entraînant les autres derriére eux en initiant le mouvement.

De la même maniére que le soleil génére la lumiére, alors que la lune ne fait que la refléter, l’or solaire du blason Gryffindor suggére le caractére léonin de ses protégés. Ajoutons à cela la salle commune et le dortoir des Gryffindor, qui se trouvent dans l’une des plus hautes tours du château, et les éléves se rapprochent encore davantage de l’astre du jour dont ils sont l’embléme.

Sans surprise lorsque l’on considére leur directrice de maison, le professeur Pomona Sprout, les Hufflepuff s’apparentent à l’élément terre. Ayant pour embléme un blaireau, cet animal qui creuse des galeries sous la terre, la house Hufflepuff prend ses quartiers au sous-sol, laisse entr’apercevoir des galeries, et trouve son entrée prés des cuisines, ce lieu oú sont agrémentés les fruits de la Terre. Les qualités des Hufflepuff comprennent la patience, le goût du travail et de l’effort, la modestie, la stabilité et la générosité. Tout comme la terre qui laisse passer l’hiver avant de permettre aux graines de pousser à l’arrivée du printemps, les Hufflepuff savent faire preuve de persévérance (voire d’obstination), même lorsque celle-ci ne semble pas payer immédiatement. Considérés par leurs condisciples comme des éléves sans talents particuliers, un peu limités et lents, ils parviennent néanmoins à s’entendre avec toutes les maisons (sauf les Slytherin, bien sûr). Fait notable, ils répondent à l’appel lorsqu’il s’agit de défendre leur habitat, leur style de vie et leur liberté, à l’occasion de la bataille de Hogwarts. Travaillant dur pour obtenir ce qu’ils possédent, les Hufflepuff tendent au conservatisme et à la mesure en toutes choses. Ils sont naturellement à associer à la série des deniers dans le tarot traditionnel (ou plutôt : des Galleons, des Sickles et des Knuts, la monnaie sorciére), qui évoque les talents et les caractéristiques des marchands et des artisans. Symboliquement à l’opposé des Gryffindor et des bâtons, les Hufflepuff et les deniers sont liés à l’hiver, au nord et au moment de minuit. Leurs couleurs, le jaune et le noir, rappellent tout à la fois la couleur des moissons et celle du soleil naissant qui réchauffe la terre aprés les longs mois d’hiver.

Ainsi, les couleurs d’Ostara, la fête du printemps druidique dont les chrétiens firent Pâques, sont le marron et le jaune, afin de symboliser la terre fertile qui accueille le soleil renaissant. Aussi appelée Alban Eiler, soit la « lumiére de la terre », la fête d’Ostara se tient dans la nuit du 20 au 21 mars, au moment de l’équinoxe de printemps. Il s’agit de la quatriéme fête celtique de l’année. Comme nous l’avons déjà évoqué, les peuplades celtes fêtaient la nouvelle année à l’avénement de Samhain (devenu Halloween), auquel succédaient sept autres fêtes symbolisant le cours d’une vie. Aprés la mort et le vide interstitiel venait la naissance, symbolisée par Yule (ou Alban Arthuan, « la lumiére d’Arthur », entendu comme le soleil à renaître), lors du solstice d’hiver. Pour certains druides, cette fête trés ancienne – probablement antérieure au druidisme lui-même – appartient aux éléments constitutifs de l’éthos même d’Albion. Son opposée, Alban Heruin (ou Litha) soit la « lumiére du rivage » illumine la nuit du solstice d’été, autre nuit des fées s’il en est. Plus tard, la chrétienté recyclera le symbole de la fête de l’hiver en institutionnalisant cette autre naissance qu’est celle de Jésus-Christ. En résonance avec les notions de yin et de yang de la philosophie orientale, les deux fêtes du solstice évoquaient particuliérement le cycle de toute vie, en ce qu’elles annonçaient le déclin au faîte de la puissance, et l’espoir du renouveau au creux de la désolation.

Ne restent, dans les fêtes rythmées par le cycle du soleil que l’équinoxe d’automne, Alban Elued (« la lumiére de l’eau ») ou Mabon, qui parle de la vieillesse comme Ostara relatait le temps de l’enfance. Imbolc (ou Oimlec) n’a laissé ses traces que sous la forme de la Chandeleur du 2 février, en analogie avec la petite enfance. Trois mois plus tard, le 1er mai, la fête païenne de Beltane entonne son hymne à la sexualité et à l’adolescence. Trois mois plus tard encore, le 2 août, la fête des moissons Lugnasad célébre aussi bien la récolte des fruits de la terre, que l’arrivée symbolique des enfants dans un couple.

Comme nous l’avons déjà remarqué, Pomona Sprout tire son prénom de la déesse romaine des fruits, qui préfére les vergers et les jardins à la flore sauvage. « Sprout » signifiant « pousse » ou « germe » en anglais, l’analogie avec l’élément terre – et l’herbologie – ne fait aucun doute.

Quid alors du métal de couleur noire choisi par Helga Hufflepuff pour blasonner son animal totem ? L’or des Gryffindor, l’argent ou le mercure des Slytherin, et le bronze des Ravenclaw ne suscitent aucun doute quant à leur nature alchimique. Le noir des Hufflepuff laisse au contraire planer un doute. Des sept métaux primordiaux utilisés par l’alchimie ne restent à disposition que le plomb, l’étain et le fer. L’étain n’existant pas à l’état natif, il ne nous semble pas qualifié pour symboliquement traduire les caractéristiques de Hufflepuff. Le fer, dont la couleur naturelle est le gris, présente l’inconvénient de s’oxyder rapidement en présence du dioxygéne, lui conférant alors sa couleur rouille. De fait, les anciens sorciers associaient le fer à la couleur rouge et à la planéte Mars. Le plomb, que l’on trouve à l’état naturel dans la galéne, présente une couleur gris métallique. Associé à Saturne, le dieu du temps, le plomb fut largement utilisé par les alchimistes qui cherchérent à le transmuter en or. Bien peu eurent le succés de Nicolas Flamel dans cette entreprise, mais cela ne fait que renforcer sa correspondance avec les Hufflepuff. Métal lourd et malléable, le plomb ne prend toute sa valeur que lorsqu’il est travaillé. Révélant alors ses qualités secrétes et cachées, il se transforme en or, le métal royal, tout comme les gemmes brutes deviennent joyaux une fois taillées. Enfin, un blason sable (c’est-à-dire noir) évoque la modestie en langage héraldique.

L’élément air trouve ses adeptes chez les Ravenclaw. Aigle de cuivre sur émail d’azur (l’appellation héraldique du bleu), le blason des Ravenclaw suggére intuitivement l’importance qu’ils accordent à l’intellect. En analogie avec la série des épées dans le tarot traditionnel, l’air s’apparente à l’agilité et à la rapidité de la pensée. La couleur bleue évoque la vérité et la spiritualité, tandis que le cuivre, utilisé dans l’électricité pour ses propriétés conductrices, rappelle symboliquement la transmission du savoir, le partage de la connaissance et la rapidité avec laquelle les processus de pensée s’opérent au niveau biochimique. En lien étroit avec la parole, l’air permet la communication : sans atmosphére, les sons ne peuvent exister, les ondes qui les constituent ne pouvant se propager dans le vide.

Les Ravenclaw ont élu domicile dans l’une des tours de Hogwarts, leur salle commune baignée de clarté grâce à leurs immenses fenêtres en ogives drapées de soieries bleues et bronze. Cette luminosité rappelle intuitivement l’aurore et le printemps auxquels est associé l’élément air : la lumiére chasse l’obscurité crasse de conceptions périmées ; la séve printaniére fait germer ses bouquets d’idées. Place est donnée chez les Ravenclaw à l’étude, à la réflexion et au savoir, eux qui doivent déchiffrer des énigmes s’ils veulent ré-intégrer leur dortoir. Le symbole de la fondatrice, Roweena Ravenclaw, met encore davantage en exergue cette importance accordée aux processus cognitifs ou heuristiques. Ce diadéme perdu durant de longs siécles, non content d’orner l’organe physique de la pensée, possédait la propriété magique d’accroître la sagesse de celui qui s’en coiffait.

Quant au responsable de la maison Ravenclaw, n’est-il pas réguliérement décrit comme vrombissant dans les airs sous l’effet d’un sortilége mal contrôlé de ses éléves ? Nom prédestiné là encore, puisque le nom du professeur Filtwick se décompose en flit » signifiant « voleter » ou « voltiger », et « wick » signifiant « méche ». Du reste, lors de la bataille finale de Hogwarts dans Harry Potter and the Deathly Hallows, Rowling. nous révéle que Filius Flitwick est responsable d’avoir libéré le pouvoir du vent sur le château.

Quant au défaut auquel se trouvent le plus souvent confrontés les Ravenclaw, il se manifeste d’ores et déjà dans le choix de leur animal totem. Si « Ravenclaw » peut littéralement se traduire par « serre de corbeau », Roweena choisit l’aigle comme embléme animalier de sa maison. Bien que souvent peu apprécié, le corbeau symbolise pourtant la sagesse et la longévité. Les anciens prêtres distinguaient soixante-quatre nuances dans ses croassements, dont ils se servaient pour interpréter l’avenir. Au contraire, l’aigle, s’il traverse le ciel en majesté, symbolise autant l’inspiration et l’intelligence que l’orgueil parfois allié à une trés forte volonté. Et ce que nous savons de la fondatrice de Ravenclaw ne nous présuppose pas à voir en elle une personne modeste.

Cette remarque pourrait également s’appliquer au fondateur de la quatriéme et derniére maison : Salazar Slytherin. Indubitablement lié à l’eau, Slytherin déploie sa salle commune sous le lac, la baignant de cette ambiguë couleur verte figurant sur leur blason. En langage héraldique, le vert (dit sinople) symbolise la liberté, quitte en ce qui concerne la maison ophidienne de Hogwarts à contourner ou outrepasser les régles. Symboliquement, le vert évoque autant l’espérance, la renaissance, l’immortalité et la joie que la ruse, la dissimulation et le mensonge.

Serpent dressé de métal argenté, l’embléme animal choisi par Salazar n’invite pas à la confiance. Il est vrai que, dans notre tradition essentiellement judéo-chrétienne, le serpent peine à faire bonne figure. Froid et sournois, ses motivations toujours hypothétiques pour d’autres que lui-même et doté d’un mortel venin, le serpent s’accommode fort bien du tempérament hautain et calculateur de Salazar Slytherin. Pourtant, le Manuel héraldique ou Clef de l’art du blason de L. Foulques-Delanos (1816) associe le serpent d’argent à la discrétion et à la prudence, à un travail glorieux mais difficile. Quels que soient ses défauts, c’est là une description que ne dément pas la mémoire de Severus Snape. Généralement parlant, le métal argent se référe à la lune et à l’innocence. La réceptivité de cet astre de la nuit en fait un symbole féminin par excellence, hypothése paradoxale lorsque l’on regarde la maison qui en porte les couleurs. À moins qu’il ne s’agisse du vif-argent des alchimistes, c’est-à-dire du mercure. Dieu de la communication chez les Romains, Mercure trompe parfois son monde en se servant de son esprit rusé. Son prédécesseur et équivalent grec, Hermés, protégeait d’ailleurs les voleurs.

La série liée à l’élément aquatique dans le tarot traditionnel prend comme embléme la coupe, ce contenant par excellence des liquides, ce symbole de l’amour universel ou divin. À Hogwarts, les Slytherin les plus habiles n’excellent-ils pas dans la préparation de subtiles potions, préparées avec une précision délicate dans des chaudrons de sorciéres1 ? Sans être réservée aux Slytherin (comme le prouve les résultats académiques de Lily Potter), l’excellence en cette matiére échoit pourtant souvent à ceux-ci. Severus Snape ou Horace Slughorn choisirent même d’enseigner cette matiére particuliére.

Associée au clergé, la série des coupes (ou des coeurs) régne sur les émotions et les capacités parapsychiques (c’est-à-dire la Légilimencie et l’Occlumencie 2). Lorsqu’ils sont émotionnellement équilibrés, les coupes font preuve de compassion et d’intuition, professent un goût certain pour les dimensions artistiques, et entretiennent des liens féconds avec leurs proches, n’hésitant pas à se sacrifier s’ils en ressentent la nécessité. Lorsque l’équilibre leur fait défaut, l’extrême niveau émotionnel des coupes les conduit à la jalousie, au chantage émotionnel, à la manipulation, voire à des addictions. Leur tempérament devient extrêmement instable et imprévisible, les rendant agressifs et émotionnellement vicieux. Mélange de jalousie, de fiel verbal, de caprices enfantins et de délires de pouvoir, la maison Slytherin n’a pas manqué de continuellement faire la preuve de son déséquilibre fonctionnel. Eux qui auraient dû être les gardiens d’une forme d’entente ou d’harmonie entre les maisons, ils n’ont fait que semer la discorde et répandre l’oppression. Il serait à ce titre fort instructif d’en apprendre plus sur l’histoire de Salazar Slytherin, qui n’a légué son esprit au Sorting Hat qu’à l’issue de sa brouille avec Godric Gryffindor. Que s’est-il donc passé il y a mil ans pour briser l’amitié des deux fondateurs ? Quelle route Salazar a-t-il croisée, quel chemin son esprit a-t-il emprunté, quelles influences intérieures ou extérieures a-t-il subies ? Les archives magiques de Hogwarts nous étant malheureusement inaccessibles, cette interrogation restera sans réponse. Mais une chose est sûre : tant que l’équilibre n’aura pas été rétabli dans cette maison, tant que les Slytherin ne seront recrutés que sur l’expression d’un seul versant de leur élément, le risque de déviance vers la magie noire en sera augmenté d’autant.

Au minimum Hogwarts cherche-t-elle un équilibre entre les éléments, ce qui est plus que ne peuvent se vanter les autres écoles européennes de notre connaissance. L’école de Durmstrang, dont le nom officiel se fonde entre autres sur le courant philosophique allemand du Sturm und Drang 1, se trouve, comme Hogwarts, proche d’un lac aux accents magiques. Elle aussi marquée par l’obscurité de l’élément eau, Durmstrang envoie ses éléves au Triwizard Tournament grâce à un navire magique, avant qu’ils ne trouvent naturellement leur place auprés des éléves de Slytherin. Venant d’Outre-Manche, les éléves de Beauxbâtons à l’uniforme bleu ciel arrivent à Hogwarts par la voie des airs, avant d’aller naturellement s’asseoir auprés des Ravenclaw.

Mrs Rowling ne s’étend malheureusement pas sur les enseignements dispensés aux éléves de Durmstrang et de Beauxbâtons lors de leur séjour à Hogwarts. Il aurait été instructif de pouvoir faire des comparaisons afin de discerner ce qui, dans l’éducation magique, reléve du contexte socioculturel et ce qui procéde universellement des principes fondamentaux de la magie.

De fait, comment la magie fonctionne-t-elle ? De nombreux ouvrages tentent de l’expliquer sans parvenir à la circonscrire, sans parvenir à faire toute la lumiére sur le fonctionnement magique. Il apparaît que chaque monde, chaque épo-l’Université Invisible 2 à Hogwarts, des rituels celtiques aux traditions provençales, du vaudou du Dahomey à la macumba brésilienne, peu de points communs hormis le recours à une force surnaturelle, ou plutôt : méta-naturelle.

Le plus souvent, la magie élémentale (liée aux quatre éléments et reposant sur l’harmonie intrinséque de la nature) perdure sous une forme ou sous une autre. Hormis ce rapport à la nature, la plupart des magies à avoir survécu – sous une forme amoindrie – dans le monde profane implique une intervention de forces supérieures, qu’elles soient divines (théurgie 3) ou démoniaques (goétie 4).

Nous ne saurions nous prononcer sur cette magie mystique dont la validité est autant question de perspective, et sujet de discorde, que les religions de notre monde quotidien. Pourtant, il est un point sur lequel semblent s’accorder la plupart des magies usuelles (rassemblées sous le terme « Haute Magie ») portées à notre connaissance : le recours au Verbe, et l’antagonisme entre magie blanche et magie noire.

Quoique les sorts n’ont pas nécessairement besoin d’être prononcés (même si ne pas le faire implique une plus grande concentration et une plus grande maîtrise), la clarté et la précision de leur énonciation – verbale ou mentale – se doivent d’être impeccables, sans quoi l’imprécation est vouée à l’échec. L’importance de cette contrainte se perçoit d’autant plus qu’elle régne en maître incontesté dans les premiers textes humains consacrés aux magies primordiales. L’Évangile selon Saint Jean entame son récit par « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprés de Dieu, et le Verbe était Dieu. […] Par lui, tout a paru, et sans lui rien n’a paru de ce qui est paru »5. C’est-à-dire que tout créateur requiert la parole pour créer ou transformer la matiére, la parole devant ici être entendue comme un acte de volonté. Le redoutable Avada Kedavra, dont la transcription profane s’est déformée en un dérisoire « Abracadabra » au cours des âges, en est un parfait exemple. Tirant son existence des magies araméenne et hébraïque, dont la puissance brute laisse parfois perplexe quant à leur qualifications chromatiques, le sortilége mortel porte en lui une double signification : « il a créé comme il a parlé » ou « forcé de périr par le mot ». Le mot de pouvoir, prolongement de la force de la volonté, ne souffre ainsi aucune équivoque.

À l’exception du jeune Harry Potter, cela va de soi. Mais en tuant sa mére, lord Voldemort a involontairement fait de lui un Horcrux, le protégeant de la mort. Étymologiquement, Horcrux vient du latin hor signifiant « en dehors » et crux signifiant « croix » mais également « gibet », soit « échappant au gibet ». Comme pour la construction des patronymes, celle des sorts obéit à une loi immuable : le sortilége doit impérativement signifier l’action qu’il doit accomplir. La volonté seule ne suffit pas, le geste seul ne suffit pas ; le succés de l’acte magique est conditionné à l’utilisation d’un vocable de référence commun permettant aux phonémes de s’inscrire dans la matiére en tant que signifiés. Contrairement à notre monde quotidien, oú des meurtres peuvent être commis sans que l’esprit n’en formule l’intention (appuyer sur la gâchette d’une arme à feu ne nécessite par de formulation sémantique), le monde magique se voit régi par la sémantique, dont la fonction est à la fois de canaliser et de mettre en forme la volonté. Outil universel des sorciers, la baguette magique n’agit essentiellement que comme un catalyseur, laissant la mise en forme de la magie (c’est-à-dire son résultat) au talent linguistique de son possesseur. D’une certaine maniére, un dialogue existe entre la volonté du mage et le signifiant du sortilége, qui acquiert de ce fait une vie propre1, tout comme certains artefacts magiques sont dotés d’une forme particuliére de volonté.

D’origine latine, le sortilége Expecto patronum (qui devrait s’orthographier « Exspecto patronum ») pourrait se traduire par « espérer ou compter sur son protecteur ». Si la forme animale argentée protége des Dementors (et permet la communication), la formulation de sa sommation interpelle : loin de donner l’ordre à un bouclier magique de se mettre en place, le sorcier espére que l’invocation de ses souvenirs lui permettra de compter sur la forme qu’il va générer. D’autres verbes moins aléatoires auraient pu être sélectionnés : exprimer, extraire ou expulser, si la volonté du sorcier avait été la seule participante.

Ce dialogue magique entre le sorcier et l’acte de sorcellerie demeure ceci dit assez rare. Pour les sorts courants, le mot n’est qu’un ordre auquel se soumet docilement la matiére. Signe que le temps du monde ne s’écoule pas tout à fait de la même maniére sur les terres magiques, la structure sémantique de l’essentiel des sortiléges demeure trés ancrée dans la langue latine : reparo, sectumsempra (couper indéfiniment), diffindo (fendre), relashio (de relaxo, relâcher), vipero evanesca (faire disparaître la vipére), tergeo (nettoyer), crucio (torturer), etc. À se demander pour quelle raison l’enseignement du latin ne figure- t-il en apparence pas dans le cursus réglementaire des écoles de magie ?